Mon rôle était de te protéger. Depuis toujours, je suis avec toi et tu es avec moi. Personne ne me l'avait demandé mais, mon rôle était de te protéger. Je devais te soigner, te nourrir, t'aider, te consoler ... M'occuper de toi. Mais quand j'y réfléchis bien, les rôles se sont peu à peu inversés.
Au bout d'un certain âge, je ne faisais que me battre. Je voulais devenir plus fort. A cet âge, tu étais encore jeune. Mais tu as réalisée que c'était maintenant à toi de me ménager. Tu t'es mis à nous nourrir, à nous faire vivre. Et pendant ce temps, je continuais mon combat contre moi-même. Bien des fois où je suis rentré à la maison, couvert de blessures, en sang, avec la respiration saccadée, il n'y en eu pas une sans que ton sourire illumine la pièce en me voyant. Puis tu me soignais en me parlant et en me sermonnant légèrement et nous passions à table, tout sourire. Rien que te voir heureuse suffisait à mon propre bonheur. Et je me disais, tout au fond de mon c½ur, que si nos parents étaient là, jamais nous ne nous serions autant aimé.
Mais, maintenant que tu n'es plus là pour m'accueillir, vais-je réussir à tenir la route ? Maintenant que je ne verrais plus ton sourire, pourrais-je encore rire sous la lune comme avant ?
Maintenant que je suis sans toi ...
Sans toi, ma joie n'existera plus. Sans toi, je ne pourrais plus rire et admirer, Ô combien tu étais gracieuse et souriante. Maintenant que nous sommes séparés, je ne pourrais plus te voir et voir mon visage heureux dans le reflet de tes yeux.
La première nuit que je passe sans toi. Je peux te le dire, ce n'étais pas à moi de gagner. Ce combat, je le trouvais absurde. A quoi bon s'entre-tuer pour voir ceux qui nous ont laissés seul ? Toi, et toi seul faisait parti de la famille. Ce dernier combat, était bien le plus absurde que je n'ai jamais fais. Si seulement la vie était comme un livre, où l'ont pourrais revenir en arrière, sauter des pages, poser un marque-page dans un chapitre ou en plein milieu pour toujours revoir ces bons moments, j'aurais pu passé tous ces affreux chapitre. Demain, ils me poseront cette couronne sur la tête. Si seulement je pouvais être aussi sans-gêne que toi, je la fracasserais au sol et partirais en claquant la porte. Mais jamais je ne pourrais. Tu étais la force de mon esprit. Maintenant que tu es partie, mes forces m'abandonnent. Pour qui dois-je me battre ? Pour qui dois-je sourire ? Pour qui dois-je pleurer ? Si tu n'es plus là, je ne pourrais que m'apitoyer sur mon propre sort. J'ai toujours détesté verser des larmes pour mon propre compte. Cette nuit, je sais pour qui sont mes larmes. Pour toi. Mais demain, pour qui seront-elles ? Et le surlendemain ? Et le reste de mes jours ? Je ne peux plus réfléchir. Tu le sais bien toi, je n'ai jamais été intelligent. Je pleure quand ceux que j'aime pleurent et je ris quand ceux que j'aime rient. Je ne vis que pour eux, que pour toi. Maintenant, je ne vis plus. Je n'ai plus qu'à me laisser envahir par les ombres des souvenirs. Je n'ai plus qu'à me laisser pourrir.
Laisse-moi te rejoindre. Laisse-moi te retrouver ! Laisse-moi atteindre ton corps. Les ombres arrivent ! Elles se déplacent seules, sans personnes accrochés aux pieds. Elles arrivent pour m'étrangler avec mes souvenirs. Je vais les laisser faire. Tu vis. Tu n'es vivante que dans mes souvenirs. Je ne veux que te voir vivante. Cela veut-il dire que je ne veux que me rappeler du passé ?
Je veux ... Te voir !